écopsychologie


La psychologie, si vouée à réveiller la conscience humaine, a besoin d’être réveillée elle-même à une des plus anciennes vérités humaines: nous ne pouvons être étudiés ou guéris séparément de notre planète- James Hillman (psychanalyste américain)

Dans les ateliers de « travail qui relie » nous avons recours à des outils de l’écopsychologie pratique. Celle-ci élargit les objectifs et les moyens de la psychothérapie pour tenter de comprendre la pathologie sociale, qui pousse l’être humain à participer à la destruction de la vie.

 


« Pourquoi est-ce que notre société continue à détruire son propre habitat ? »

Cette question de Paul Shepard, brillant pionnier nordaméricain de l'écologie continue à nous poursuivre.

de l'écologie à la psychologie

La naissance de l'écopsychologie est le résultat d'un croisement entre la philosophie environnementale, l’anthropologie, la psychologie et l'écologie. Les principaux acteurs de cette mouvance étudient, notamment, l'effet de la nature sur l'équilibre psychologique des êtres humains, en suggérant l'existence d'une synergie entre le bien-être du vivant et le bien-être planétaire. Elle se veut terrain de recherches et de pratiques de moyens de guérir l'être humain de ses aliénations (consommation, pétrole, stress, etc) afin de construire une société plus saine et soutenable.
L'écopsychologie émet l’hypothèse que la relation à autrui n'est pas seulement basée sur la culture et les rapports sociaux mais également sur le lien à la nature. Ce faisant, cette mouvance appréhende la crise écologique par sa racine, en allant explorer les motivations profondes des comportements, mentalités et valeurs culturelles qui causent cette crise. Elle permet par ailleurs de dépasser la vision utilitariste d'une certaine écologie qui ne voudrait préserver l'environnement que pour maintenir son rôle au service de l’humain.
Se fondant sur l'idée que l’humain est par essence un être ancré dans la nature, elle propose une philosophie ainsi que des pratiques thérapeutiques afin de retisser le lien Homme/nature.

à l'origine de l'écopsychologie

La création de ce courant remonte aux années 1990. Elle est le fruit des réflexions de deux psychiatres, Allen Kanner et Mary E. Gomes, et d'un écrivain, Théodore Roszac. Gregory Bateson, psychologue, anthropologue, épistémologue et grand spécialiste de la théorie des systèmes appliquée aux sciences sociales aurait inspiré ces auteurs, suite à la parution en 1977 de son ouvrage "Vers une écologie de l'esprit" (éd. Seuil).

Ce courant est venu combler un trou béant dans les sciences humaines qui n'avaient jusque là traité que des relations de l’humain avec lui-même, avec la société ou en relation avec son environnement urbain et social, et non avec son environnement naturel. Notre connexion avec la source de la vie ne faisait pas partie de la définition de santé mentale, et nos tendances destructives de notre système du support de vie n’étaient pas reprises dans la liste de pathologies.

Julia "Butterfly" Hill, la femme qui a vécu pendant deux ans
dans la canopée d'un séquioa, nous donne une analyse
très pertinente et pleine de compassion de nos tendances
destructrices... et de leur causes.
Regardez ce petit vidéo (en anglais).

  
 

Maintenant, grâce à la nouvelle discipline de l’écopsychologie, ces thèmes sont pris en compte et le psyché humain est analysé dans un contexte systémique plus large dont il fait partie. L’écopsychologie explore comment notre aliénation culturelle de la nature provoque non seulement un comportement destructif et inconsidéré vis-à-vis de l’environnement, mais aussi un tas de troubles généralisés comme la dépression et les addictions.

Des psychothérapeutes au sein de ce mouvement reconnaissent que par le passé, leur profession les a rendus aveugles au contexte plus large dans lequel se déroulent les vies de leurs clients et qu’ils avaient défini la peine pour le monde de leurs clients comme des pathologies.  Ces thérapeutes pionniers aident à frayer de nouveaux chemins, parce qu’ils permettent à leurs clients à trouver de la force et du sens quand ils expérimentent leur interconnexion avec la toile de la vie entière.

les grands principes de l'écopsychologie

Les huit principes posés à l'origine par Théodore Roszak comme fondement à l'écopsychologie étaient très imprégnés des théories psychiatriques de Freud et de Jung, utilisant par exemple la notion de "l'inconscient écologique".

Aujourd'hui, l'Institut d'Ecopsychologie, fondé par Th. Roszac et hébergé par l'Université de Californie Ecopsychology On-Line, définit l'écopsychologie par les principes suivants :
1.La synthèse qui émerge entre écologie et psychologie
2.L'intégration intelligente des perspectives écologiques dans la pratique de la psychothérapie
3.L'étude de nos liens émotionnels avec la Terre
4.La recherche de critères (ou normes) de santé mentale intégrant la dimension environnementale
5.La redéfinition de la santé en prenant en compte la planète dans sa totalité

Dans The Voice of the Earth, Roszak exprime le point de vue que la tradition de psychothérapie occidentale a été limitée par notre attitude anthropocentriste – et que nous avons besoin une nouvelle forme pour guérir notre âme/esprit, une forme qui fait appel à notre sensibilité naturelle animiste (c’est-à-dire la reconnaissance que les autres règnes du vivant ont une âme aussi). La santé humaine pourra se rétablir quand un équilibre et une relation de réciprocité entre l’humain et le non-humain auront été retrouvés.

Roszak affirme que tous les enfants naissent avec une perception animiste. L’écospychologie essaie de réveiller cette sensibilité que nous possédions avant de développer un sentiment de séparation avec la nature et le vivant. Ce sentiment et cette croyance ont été induits par nos écoles et nos églises, nos familles et nos institutions culturelles. Roszak propose de faire appel à cette partie de nous qui a été réprimée dans nos cultures, et qu’il appelle « l’inconscient écologique ».

l'écopsychologie pratique

L'écopsychologie pratique, appelée quelque fois écothérapie, explore donc comment recréer le lien avec la nature, car il est maintenant reconnu que celui-ci apporte à l’humain une sensation d'harmonie et d'équilibre ainsi qu’une plus grande stabilité émotionnelle et physique. Une part importante de l'écopsychologie pratique est donc d'emmener la psychothérapie hors des murs des cabinets de consultation, pour aller en pleine nature. Elle permet ainsi d'explorer de nombreux aspects de notre vie quotidienne (dont nos aliénations), et d’éprouver par exemple le sentiment d'intemporalité ou du « temps profond », qui permet de quitter le stress de la pression de la vie moderne. Elle conduit également à affronter nos peurs de la nature qui, bien souvent, renvoient aux peurs de notre propre nature, c'est-à-dire ce qu’il y a de vivant en nous : notre corps, nos « tripes », nos émotions, etc. (cf., à ce sujet, le remarquable travail de F. Terrasson dans son ouvrage « La peur de la nature »).

l’écopsychologie dans les ateliers de ‘travail qui relie’

Les conditions de détérioration de notre monde et la détresse des autres êtres vivants a un impact sur nous tous. Joanna Macy nous invite à ne pas avoir peur des sentiments que cela peut générer en nous et à les comprendre comme une preuve de notre interconnexion avec tout le vivant. C’est ce que nous expérimentons notamment dans la deuxième phase de la spirale du TQR ‘honorer notre peine pour le monde’ grâce à des rituels comme le Mandala de la Vérité ou le Conseil de tous les Etres.

douleur personnelle – douleur pour le monde

La plupart des gens viennent aux ateliers avec une bonne dose de motifs de désespoir personnel autant que de désespoir social. Ils s’interrogent souvent sur la relation entre les deux :

« Ma colère au sujet des entreprises qui saccagent l’environnement, serait-elle en fait une manifestation de ma rage vis-à-vis de mon père qui a abusé de moi ? »
« Comment savoir si je pleure pour la planète ou pour mon amour perdu (enfant mort, carrière brisée, etc) ? »

 Notre culture, y compris le courant principal de la psychologie occidentale, tend à réduire notre souffrance pour la terre à des névroses personnelles. Cela nous conduit à penser qu’il faut résoudre et éliminer ces sentiments de désespoir personnel avant même de pouvoir considérer le niveau de désespoir social comme légitime. Or :

  1. Il n’est ni possible ni nécessaire de tracer une ligne de démarcation entre les raisons personnelles et les racines sociales de notre douleur pour le monde. En raison de notre interdépendance, la souffrance personnelle a toujours une origine dans notre vie collective, et la souffrance de chacun aggrave à son tour la souffrance de tous.
  2. Notre expérience de la souffrance personnelle peut servir à nous sensibiliser à celle de notre planète et réveiller en nous le désir de oeuvrer pour sa guérison. Ce sont donc notre vulnérabilité et notre sensibilité mêmes qui nous permettent de servir notre monde. 

rétablir la relation sacrée

Une notion fondamentale de l’écopsychologie est que nos mondes intérieurs et extérieurs sont intimement connectés. La plupart des écopsychologues sont convaincus que la crise écologique et culturelle, ainsi que le système politique qui a contribué à ces crises, ont un impact profond et durable sur le psyché et l’âme humains. Nos états d’esprit se reflètent à leur tour dans nos manières de nous relier – ou pas – au monde naturel. Le mouvement de l’écopsychologie se soucie, finalement, de la transformation de nos coeurs et nos esprits pourqu’ils se réveillent à nouveau à notre connexion sacrée avec les autres êtres vivants et notre planète terre.

L’intérêt grandissant au niveau local pour des expériences d’immersion dans la nature, wilderness, rites-de-passage, rituels de réconnexion avec la nature, Conseils de tous les Etres, pratiques chamaniques et autres, peut être interprété comme une expression spontanée de notre « inconscient écologique » qui émerge pour donner une voix à la relation inséparable entre l’âme humaine et l’âme de la terre, anima mundi.

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Sources pour cette page: livres de Joanna Macy, site web de deep ecologist Suzanne Duarte, site web "nature humaine"